Le
papier du Moulin de Larroque est indissociable de mon parcours. Il est
naturel, rugueux et rustique. De fabrication artisanale, il ne se laisse
pas dominer facilement. Il ressemble aux paysages que je peins : il
est irrégulier et imprévisible. C'est avec ce papier que
j'ai tracé, jour après jour, mon chemin d'aquarelliste
par les sentiers d'ici et d'ailleurs. Je suis cavalier randonneur. J'ai
appris le goût des grands espaces lors des randonnées sauvages
de l'Habitarelle et des transhumances de poulains avec Louis Chardon,
entre Lubéron et Lozère. Ensuite, loin des sentiers battus,
je suis allé chevaucher en Aragon avec Frédéric
Siébold. Pendant quinze années, nous avons parcouru les
chemins muletiers perdus, à la recherche de hameaux isolés
et abandonnés, avec pour repère le sommet du Tozal
de Guara, et comme point de ralliement l'ermita de San Urbes
à Nocito. Ce pays est fait de sierras et de barroncos
; il est aride et infini, sculpté par des canyons vertigineux
et troublé seulement par l'ombre bruissante des vautours. A pieds,
avec Chantal nous avons découvert les plateaux lozériens
à partir du Merlet avec Philippe et Catherine Galzin. Puis nous
avons parcouru d'autres pays méditerranéens faits de villages
hors du temps en Crête et dans les Cyclades, îles de vent
et d'azur, égayées de maisons blanches. Plus tard et plus
loin, au large des côtes africaines, nous avons découvert
l'île insolite de la Goméra, aux multiples facettes, et
la sérénité de Lanzarote. A chaque fois, j'ai besoin
de ce papier unique pour retranscrire la nature, sauvage ou façonnée
au fil des siècles par l'homme... |